Promoteurs & marchands de biens · 20 octobre 2026

L'assurance CNR :
la décennale du vendeur.

Vous ne tenez pas la truelle, mais vous vendez un bien sur lequel des travaux ont été faits. Aux yeux de la loi, vous êtes constructeur. Le CNR est l'assurance qui va avec.

Qu'est-ce qu'un constructeur non réalisateur ?

L'article 1792-1 du Code civil assimile à un constructeur toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire. Le promoteur qui vend en VEFA, le marchand de biens qui rénove un immeuble avant de le diviser et de le revendre, la SCI qui fait bâtir puis cède les lots : tous portent la garantie décennale envers leurs acquéreurs, pendant dix ans, exactement comme l'entreprise qui a réalisé les travaux. Cette responsabilité existe même si vous avez confié l'intégralité du chantier à des entreprises assurées.

La responsabilité du vendeur est dite « de plein droit » : l'acquéreur n'a pas à prouver une faute. Il constate un désordre décennal, et il peut vous assigner, vous, avant même de chercher l'entreprise responsable.

Ce que couvre le CNR

L'assurance de responsabilité décennale du constructeur non réalisateur prend en charge les sommes que vous devez à l'acquéreur au titre de cette garantie : réparation des désordres qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, pendant dix ans à compter de la réception. Elle intervient aussi quand l'assureur dommages-ouvrage, après avoir indemnisé l'acquéreur, exerce son recours contre vous en tant que constructeur. Sans CNR, ce recours s'exerce sur le patrimoine de votre société, puis, pour un marchand de biens en nom propre, sur le vôtre.

Est-elle obligatoire ?

Oui. L'article L.241-1 du Code des assurances impose l'assurance décennale à toute personne dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement de la présomption de l'article 1792 du Code civil, ce qui inclut le vendeur réputé constructeur. L'absence d'assurance est pénalement sanctionnée (jusqu'à 75 000 € d'amende et six mois d'emprisonnement) pour les personnes morales et les professionnels. Dans la pratique, c'est surtout le notaire qui la rend incontournable : il demande l'attestation CNR et l'attestation DO avant de régulariser l'acte, et la banque de l'acquéreur fait de même.

Combien ça coûte ?

Le CNR se tarifie en pourcentage du coût de construction ou de rénovation hors taxes, le plus souvent entre 0,3 % et 0,8 %, avec une prime minimale de l'ordre de 1 500 à 3 000 € selon la compagnie. Pour une réhabilitation d'immeuble à 600 000 € de travaux, comptez entre 2 000 et 4 500 €. Les compagnies le vendent presque toujours en pack avec la dommages-ouvrage et, pour les opérations avec gros œuvre, la tous risques chantier : le dossier est le même, et le tarif global est meilleur que trois contrats séparés.

Les pièces que l'assureur demande

  • Le descriptif des travaux et leur montant, lot par lot
  • Les attestations décennales de chaque entreprise, couvrant l'activité réellement exercée
  • Le contrat de maîtrise d'œuvre ou d'architecte, obligatoire dès qu'il y a de la structure
  • L'étude de sol G2 si les fondations sont touchées, le diagnostic structure en réhabilitation
  • Pour un marchand de biens : le Kbis, l'historique des opérations et le programme de revente

L'erreur classique

Attendre la fin des travaux pour s'en occuper. Le CNR, comme la DO, se souscrit avant l'ouverture du chantier ; après, les compagnies majorent fortement ou refusent, et l'opération se retrouve bloquée chez le notaire au moment de la revente, quand chaque semaine de retard coûte des intérêts de portage. Un courtier spécialisé monte le pack DO + CNR + TRC en une fois, avec des compagnies qui acceptent les profils marchands de biens, ce que la plupart des assureurs généralistes ne font pas.

Questions fréquentes

Le CNR est-il obligatoire pour un marchand de biens qui ne fait que rafraîchir ?

Non si les travaux ne relèvent pas de la décennale (peintures, sols, cuisine sans réseaux). Oui dès qu'ils touchent à la structure, à l'étanchéité ou aux réseaux encastrés : division avec création de réseaux, ouverture de murs, reprise de toiture, ravalement isolant.

Le CNR remplace-t-il la dommages-ouvrage ?

Non, les deux se complètent. La DO préfinance la réparation pour le propriétaire ; le CNR couvre votre responsabilité décennale de vendeur quand l'assureur DO ou l'acquéreur se retourne contre vous. Les compagnies les proposent souvent ensemble, et les notaires attendent les deux attestations.

Combien de temps dure la garantie CNR ?

Dix ans à compter de la réception des travaux, comme la décennale des entreprises. Elle suit l'immeuble : si l'acquéreur revend dans ce délai, le sous-acquéreur bénéficie du même recours.

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